Carnet de route

Carnet de route de Marcel Kittel Marcel KITTEL ALL
Argos Oil - Shimano

Né le 11.05.1988 à Arnstadt
Début professionnel : 2007
Victoire(s) en 2012 : 5
Taille : cm - Poids : kg
Surnom :
Statut : en activité
Site Web :

Il est temps de m'expliquer...

Amis internautes bonjour !


Cela ne vous aura pas échappé, on a beaucoup parlé de moi dans les médias ces derniers temps, et pas seulement pour relater ma victoire sur l’Etoile de Bessèges. Il est donc temps, pour moi, de m’expliquer et de rectifier tout ce qui a pu être dit ou écrit ces derniers jours. Tout a commencé le 29 Janvier 2012 lors de « Sportschau », une émission de la chaine allemande ARD. Dans un reportage, ils ont affilié mon nom au dopage en parlant de moi dans une enquête sur les traitements de sang aux UV fait par le Docteur Andreas Franke. Cela a dû choquer beaucoup de monde, quand vous voyez cela, vous avez du mal à comprendre. Alors imaginez pour moi ! J’étais littéralement assommé devant ma télé, je ne comprenais pas ce qu’il se passait, ce que l’on me reprochait. Pourquoi la télé a-t-elle associé mon nom dans cette affaire qui concerne des faits de 2011 alors que je le consultais entre 2007 et 2008 ? Il y a bien une enquête sur ce médecin, mais je tiens à vous le dire, je ne suis absolument pas suspecté. Ni par l’UCI, ni par le TAS ni même par la police Allemande qui mène l’enquête.


« J’avais confiance… »


Cependant, ce médecin, lui, est bel et bien suspecté, et afin que tout soit bien clair, je vais vous expliquer toute mon histoire et mes relations avec ce fameux Docteur Andreas Franke. Alors que j’avais 18 ans, en tant que jeune sportif de haut niveau de la région d’Erfurt, j’étais rattaché au centre olympique où il officiait. Nous pouvions y aller pour l’entrainement, pour utiliser le sauna ou se faire masser et nous y avions un médecin référent. Lorsque j’étais malade je devais aller voir le docteur Andreas Franke, et parfois il me traitait avec un traitement UV, il me prélevait un tout petit peu de sang, le passait sous UV et me le réinjectait immédiatement pour combattre certaines infections. Il procédait ainsi avec tous ceux qui avaient ce genre d’infection et à cette époque, cette méthode n’était pas interdite.


D’ailleurs, je ne pouvais pas me douter que cela le serait un jour. J’avais confiance en ce docteur, la fédération m’avait elle-même envoyé auprès de lui, je n’avais aucune raison de me méfier. Cependant, en 2008, j’ai pris un peu plus conscience de tous les problèmes qui touchaient le cyclisme et je me suis dit qu’il ne valait mieux ne plus subir de traitements qui touchaient mon sang. Je suis donc  allé voir le docteur Franke et je lui ai expliqué que je ne me sentais plus à l’aise avec ses méthodes. Il m’a alors proposé un autre traitement plus conventionnel auquel qui lui ai répondu : « parfait, je ne veux plus jamais de traitement UV. »


« Ces derniers jours ont été assez durs à vivre »


Je le redis mais le reportage diffusé à la télé m’a énormément choqué. Ils ont ressorti cette histoire du passé et qui m’avait mis mal à l’aise, bien qu’à l’époque je savais que ce n’était pas interdit. Mon équipe, Project 1t4i a également était touché par cette sombre affaire. Des que l’émission a été diffusée à la télévision et que j’ai été ainsi salit, je me suis empressé de tout expliquer à l’équipe de la même façon que je le fais aujourd’hui sur internet, auprès du grand public. L’équipe m’a vite apporté son soutien et a publié un communiqué de presse très complet pour être en accord avec la philosophie de l’équipe et sa transparence face au dopage. C’était vraiment important pour moi, allemand, pays où le dopage a déjà fait beaucoup de dégâts, avec l’affaire Ullrich notamment. Attention, je ne dis pas pour autant que je « paye » les travers des coureurs des années passées.


Vous comprendrez que ces derniers jours ont été assez durs à vivre et sur l’Etoile de Bessèges, la première course de ma saison, ma tête n’y était pas vraiment. Pour moi, ce fut une course très bizarre, j’avais bien d’autres choses en tête que de rouler pour gagner. Je remercie mon équipe qui m’a bien aidé pour retrouver ma concentration, elle m’a permis de penser à autre chose et d’arrêter de me torturer l’esprit avec cette histoire. Je me dois de les remercie pour tout ce qu’ils ont fait sur, mais surtout en dehors, de la course. C’est grâce à eux que j’ai réussi, malgré tout, à remporter une étape. Je peux aussi être redevable des spectateurs et du peloton qui ont, je pense, bien compris cette affaire. La transparence était le bon moyen pour se sortir de là, nous avons bien géré cela et j’espère que tout le monde aura compris.


« A Bessèges, la tête n’y était pas vraiment »


Cette aparté close, revenons au sport. Ma victoire à Bessèges m’a permis de commencer l’année avec beaucoup de confiance. Je me suis rassuré et je n’ai plus besoin de courir après ma première victoire de la saison. C’est un réel soulagement et pour un sprinteur c’est vraiment important. Je peux donc arriver sur le Tour d’Oman libéré et en confiance. Je sais que je suis toujours capable de gagner ! Je dois également avouer que j’ai vraiment été en difficulté sur certaines étapes, mais n’oublions pas que, pour moi, ce n’était pas une course « normal », je n’étais pas vraiment dans de bonnes conditions pour être extrêmement performant. Il faisait froid et je n’étais pas dans mon élément.


Beaucoup m’ont demandé pourquoi je n’ai pas levé les bras de ma victoire et je ne me suis toujours pas expliqué à ce sujet, j’en profite donc pour le faire ici même. Si je n’ai pas « célébré » ma victoire, c’est tout simplement car j’étais un peu énervé par le déroulement de la course. Nous ne devions pas courir, puis courir, ne pas courir, courir… Et avec tout ce que j’avais vécu les jours passés, et c’était toujours d’actualité, je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête mais je n’ai pas levé les bras. Mais je vous rassure, finalement je suis très content d’avoir gagné cette étape. Durant cette course, la tête n’y était pas vraiment…


« J’attaque la suite avec envie »


Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux et j’attaque avec envie la suite de mon calendrier. Je mets le cap sur le Tour d’Oman puis la Classica Almeria. Ces deux courses me permettront de monter en puissance pour Paris-Nice. Même si l’on est en « phase de préparation », quand on est sprinteur, on a toujours en tête de gagner des étapes. Je n’y vais donc pas pour faire du tourisme ! J’ai vu que les sprinteurs ont tous une bonne petite forme, il y aura une belle concurrence lors des sprints, ça promet ! C’est ça qui est bon ! Vous aurez l’occasion de voir de sacrés batailles entre les sprinteurs ! Dès le début de saison, nous allons batailler ferme, ça me plait. Vous, les spectateurs, allez en prendre plein les yeux, je vous le garanti !


Croisons les doigts pour que ça se passe bien et à très vite !


Marcel Kittel


Propos recueillis par Yohann Lossouarn (avec Alexandre Rolin)


Photos : Sirotti

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