Interview
Christophe Le Mevel : « Faire dans les 10 de Paris-Nice »
posté par Yohann Lossouarn le 18/02/2012 à 19h30

Christophe Le Mevel est l’une des valeurs sûres du cyclisme français, accumulant, chaque année de jolies performances. L’an dernier, c’est notamment un beau Tour d’Italie que nous a réservé le coureur de la Garmin, avec un top 15 au classement général mais surtout l’animation des premières étapes, à la poursuite du maillot rose, qui ne lui a échappé que d’un cheveu. Cette année, c’est plutôt le Tour de France qu’il voudra courir. Mais si le sympathique coureur Breton a accordé cette interview grand format à Cyclism’Actu, c’est pour parler de ce qu’il se passera avant le Tour. Et plus précisément dans les jours et semaines à venir. En effet, ce n’est pas pour le tourisme que la Garmin-Barracuda a engagé son armada de grimpeurs sur le Tour du Haut Var nous explique-t-il, avant de s’attarder sur le parcours de Paris-Nice, son grand objectif du début de saison.
Le chrono par équipe du Tour du Qatar, deux étapes sur le Tour Méditerranéen, la saison commence bien pour Garmin-Barracuda…
Oui, on fait un beau début. On gagne le seul contre-la-montre par équipe du début de saison, une discipline qui nous tient vraiment à cœur dans l’équipe. On commence à être des habitués de ce genre de victoire ! Pour ce qui est du Tour Méditerranéen, c’est, en revanche, plutôt nouveau. L’équipe n’avait jamais réalisé de gros coups sur cette course, mais après deux victoires d’étapes et une seconde place au général, on peut dire que c’est fait ! Michel Kreder a vraiment été impressionnant en gagnant par deux fois, et il a pratiquement tenu le coup pour gagner le général !
Vous rouliez spécifiquement pour Michel Kreder ? Comment l’équipe était-elle organisée ?
En fait nous venions sur le Tour Med’ avec trois sprinteurs, Koldo Fernandez, bien sûr, Michel Kreder, mais aussi son frère Raymond qui est, lui aussi, un coureur très rapide. Donc, le reste de l’équipe dont les « grimpeurs » comme Dan Martin ou moi-même devions rouler pour eux, s’il le fallait. Mais ils n’ont pas vraiment eu besoin de nous. À eux trois, ils étaient déjà bien organisés pour contrer les autres sprinteurs.
« J’ai de très bonnes sensations pour un début de saison »
Mais vous, les « grimpeurs », n’avez pas eu votre tour, avec l’annulation du mont Faron. Ce fut une déception ?
Comme beaucoup, j’aurais aimé me tester sur le Faron. C’est toujours intéressant, pour évaluer sa forme, de faire une montée sèche comme celle-là à cette période de la saison. Mais on ne peut pas non plus dire que ce fut une déception car pour l’équipe, au final, cela aura sûrement été positif. En effet, on a pu lutter pour garder le maillot de leader de Michel Kreder, sur le Faron, cela aurait été beaucoup plus compliqué. Finalement, il prend la seconde place du classement général, mais c’est une satisfaction. On va dire que cette annulation aurait été bien plus perturbante pour moi une autre année, mais là, c’est bien passé grâce à ce qu’avait fait Michel Kreder avant.
Avez-vous tout de même réussi à situer un peu votre forme ?
Difficilement. Ce que je sais, c’est qu’avant le Tour Méditerranéen, j’avais vraiment de bonnes jambes, et je ne pense pas avoir pu perdre ça sur le Tour Med’. J’ai de très bonnes sensations pour un début de saison, même si je n’ai pas pu l’exploiter sur cette course qui ne me convenait pas sans le Faron. Et lorsque l’on roule plus comme équipier, comme je l’ai fait sur la dernière étape où j’ai tout donné pour Michel Kreder, c’est compliqué de se jauger. Mais je sais qu’à l’entrainement, tout va bien.
Justement, vos entrainements n’ont pas été trop perturbés par le froid et la neige ?
On fait avec ! J’ai été gêné, comme tout le monde. La parade que j’ai trouvée a été de descendre chez des amis, sur Nice, avant le Tour Med’, afin de profiter le plus possible du soleil.
« Nous sommes sur le Haut Var pour gagner »
Le Tour du Haut Var commence ce week-end, comment aborde-t-on une course que l’on a déjà gagnée ?
J’aimerais refaire la même chose qu’en 2010, bien sûr ! Au niveau des sensations et de la forme, je ne suis pas moins fort qu’il y a deux ans, au contraire, je pense que j’ai franchi un petit palier depuis. Si j’ai l’opportunité de remporter le Haut Var, vous pouvez compter sur moi pour la saisir.
Et comment la Garmin-Barracuda arrive-t-elle sur cette course ?
On ne va pas se le cacher, on est sur le Tour du Haut Var pour gagner la course. Nous formons une belle équipe avec Dan Martin, Thomas Dekker ou Peter Stetina. Ce samedi, nous n’avions pas grand-chose à faire mais dimanche ce sera vraiment une course très difficile. Et si c’est très dur, j’espère que l’on se retrouvera devant avec le maximum de Garmin, pour aller gagner. En plus, il y aura beaucoup de kilomètres pour un début de saison.
C’est un peu les classiques Ardennaises avant l’heure…
Oui, c’est vraiment le style « classique », avec de nombreuses côtes et de la distance. C’est vraiment une belle course. Les organisateurs ont fait du beau boulot pour nous offrir une belle édition du Tour du Haut Var. Je peux déjà vous le dire, on sera tous bien fatigués dimanche soir !
Comment pensez-vous que la course va se dérouler avant d’arriver sur le mur de Fayence ?
Les sprinteurs vont se faire éliminer naturellement avec de vrais cols comme celui de Mons. Et sur l’arrivée, tout le monde commencera à être émoussé, comme c’est la première course aussi longue du début de saison. Sur une telle arrivée en plus, il n’y aura pas photo entre le vainqueur et les autres, après une côte vraiment raide d’un kilomètre, très difficile.
« Beaucoup de prétendants à la victoire »
Connaissez-vous cette arrivée ? C’est vraiment pour un grimpeur ?
Je ne la connais pas vraiment, et je vais aller la reconnaitre. A priori, je l’ai passée une fois en 2009, mais je ne m’en souviens plus. Une petite reconnaissance me fera du bien pour me le remémorer et pouvoir l’attaquer du mieux possible.
Ce genre d’arrivée, avec une côte courte mais raide, cela vous convient bien, non ?
Normalement cela me plait, une montée sèche comme celle-ci, un peu à l’image du mur de Huy. Cela me permet de souvent être bien placé, c’est intéressant pour moi. Mais il y aura Philippe Gilbert et Simon Gerrans qui seront là, il y a beaucoup de prétendants à la victoire… Mais ce sera intéressant de pouvoir se comparer à eux, justement.
Garmin arrive avec beaucoup de grimpeurs, comment vous organiserez-vous au moment d'entamer la dernière ascension ?
On verra en fonction des sensations le jour même, qui est bien et qui ne l’est pas. Chacun verra très vite s’il est dans le coup ou pas. On privilégiera bien sûr celui qui est au mieux dans l’équipe. Il faudra être bien placé au pied, ou être dans l’échappée devant, mais de toute façon, tout se fera à la pédale.
« Almeria ? Du rythme avant Paris-Nice »
Vous citez Gilbert et Gerrans, quels seront vos autres adversaires ?
C’est compliqué de dire cela en début de saison, beaucoup de coureurs peuvent être présents. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il y aura vraiment beaucoup de monde à garder à l’œil.
Après le Haut Var, vous irez à Almeria pour préparer Paris-Nice, pourquoi cette course ?
Il y a deux semaines entre le Haut Var et Paris-Nice, il fallait donc trouver au moins une course. Et celle-là sera parfaite, car juste avant Paris-Nice, ce dont j’aurai besoin c’est du rythme. C’est une course pas très difficile et qui devrait donc se courir rapidement, exactement ce qu’il faut pour emmagasiner du rythme juste avant de se lancer sur Paris-Nice.
Et que pensez-vous du parcours de Paris-Nice cette année ?
C’est un très beau parcours, je trouve. Je suis content que l’on n’ait pas de contre-la-montre long comme l’année dernière, car cela m’avait empêché de jouer le classement général. Cette fois-ci nous avons un prologue pour commencer, et le contre-la-montre sur le col d’Èze pour finir, à la place. Il y a aussi l’arrivée de Mende qui n’est pas mal pour moi. Sans oublier l’étape du samedi, celle de l’arrivée à Nice, qui m’intéresse. Je pense que ce sera vraiment un beau Paris-Nice, avec le chrono du col d’Èze, la course ne peut être que plus ouverte.
Un prologue, oui mais 9,4 kilomètres quand même. La côte des dix-sept tournants peut vous avantager en revanche…
Mon but dans un prologue, c’est de perdre le minimum de temps ! Ce n’est vraiment pas ce qui me réussit le mieux, je n’ai jamais été fort dans les prologues. Mais si je peux ne pas perdre trop de temps, cela sera intéressant pour la suite, et notamment l’arrivée à Mende le jeudi. C’est vrai que c’est assez long pour un prologue, mais cela va très vite, donc on peut ne pas trop perdre de temps si l’on est en forme.
On voit beaucoup d’étapes pour coureurs polyvalents, il peut y avoir un coup à jouer chaque jour. Cela doit vous plaire…
Oui, c’est vraiment intéressant. C’est souvent le cas sur Paris-Nice, à partir du mercredi ou jeudi, toutes les étapes sont assez ouvertes. Mais c’est vrai que cette année c’est peut-être encore plus tôt.
« Un top 10 dans Paris-Nice… »
Et quelles seront vos ambitions ? Plutôt étapes, général, les deux ?
Les deux, oui ! (rires) Bien sûr, le général, j’aimerais faire dans les 10 de Paris-Nice, c’est quand même quelque chose. Et s’il y a une opportunité sur une étape, je tenterai de la prendre, bien évidemment.
Vous avez repéré quelques étapes avant le Tour Méditerranéen, lesquelles ?
J’ai surtout reconnu le contre-la-montre final sur le col d’Èze, et pas mal de fois ! Je voudrais aussi repérer l’étape qui arrive à Nice. Notamment la descente du col de Vence, qui sera très importante et qui est technique et dangereuse. Mais le col est quand même assez loin de l’arrivée, donc je ne sais pas trop comment ça va se passer…
Un groupe d’une vingtaine se détache dans le col de Vence et vous les réglez au sprint en bas, ça vous va, non ?
Oui ! Ce n’est pas mal ce scénario ! (rires) C’est vrai que c’est le genre de course qu’une étape comme celle-là peut donner. La météo sera très importante aussi. Avec du mauvais temps, la descente serait encore plus difficile, et le groupe pourrait être vraiment petit au pied du col, avant d’arriver dans Nice.
« Mende ? La victoire n’est pas impossible »
On parlait précédemment des montées sèches que vous appréciez, que dites-vous de la Laurent Jalabert à Mende ?
Oui, je me rappelle qu’on l’a faite il y a deux ans sur Paris-Nice. J’avais essayé d’attaquer Contador au sommet ! Au final, j’avais fait septième ou huitième (septième après déclassement de Valverde ndlr). Je la connais donc, et je l’aime bien. Encore une fois, c’est bien le genre de montée très raide qui correspond à mes caractéristiques. Mais ce ne sera pas sur cette montée que se jouera le classement général, je pense. J’ai remarqué sur le Tour de France et sur Paris-Nice qu’il n’y a jamais de gros écarts.
Et cette année il n’y aura pas Contador…
Il y a d’autres coureurs qui sont de toute façon plus forts que moi sur une montée comme ça, Rodriguez ou Valverde par exemple, qui étaient devant moi en 2010. La victoire n’est pas impossible, mais s’ils sont là, ce sera quand même très difficile.
Qu’avez-vous à nous dire sur le contre-la-montre du col d’Èze puisque vous l’avez bien repéré ?
En effet, en l’espace de trois ou quatre jours, je l’ai fait dix fois ! Je le connais par cœur. Le pied est très difficile, pendant deux kilomètres et demi, environ. Ensuiten on a une portion plus roulante, puis ça remonte fort. Après, c’est plus plat, une partie raide et on arrive sur le dernier kilomètre presque plat. C’est une montée très technique, il faudra sans arrêt changer de vitesse pour être toujours sur le bon braquet. Sinon, on perd vite beaucoup de temps. C’est une montée très difficile car elle est technique mais il y a des parties roulantes où il ne faudra pas trop perdre de temps, pour les grimpeurs comme moi. Il faudra en gagner dans les portions raides sans en perdre dans les parties roulantes.
Une montée très irrégulière, cela désavantage particulièrement certains coureurs, pas vous ?
J’espère que ça va m’avantager ! (rires) Ce pourrait vraiment être le genre d’étape qui me convient en fait…
« Le col d’Èze est très technique »
Et la dernière partie, de plus d’un kilomètre, presque plate doit être compliquée à gérer, non ?
Oui, il ne faut pas perdre la puissance que l’on a développée dans la montée. Il faut garder la puissance que l’on donne dans la montée alors que moi, naturellement, j’ai tendance à la baisser sur les parties plates. C’est pour cela que c’est intéressant de l’avoir reconnu plusieurs fois, et en allure course, ce que j’ai fait trois fois. J’ai pu voir, où je perdais du temps, et où j’en gagnais. Et donc là, où il faut vraiment faire attention. C’est vraiment très difficile comme montée !
Votre Garmin vous dit combien de watts pour une montée à allure course ?
Avec le vélo d’entrainement, les bidons, etc., cela m’avait fait une puissance de 380 Watts du pied jusqu’au final, sur un peu plus de 20 minutes donc. Si je fais pareil à Paris-Nice, ce sera déjà pas mal !
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Les commentaires
@Donaald C'est clair ! Je me disais la même chose. Une interview d'un top coureur tous les jours français ou étranger + régulièrement une ou deux en plus dans les brèves. Tenir 365 jours par an ça doit être un boulot énorme ! Félicitations.
Bonne chance à Le Mevel au passage !
Enzo le 18/02/2012 à 21h38
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Donaald le 18/02/2012 à 21h19