Interview Exclusive

Cyril Dessel : «Retrouver mon meilleur niveau »


posté par Christophe Merono le 24/09/2009 à 20h21




À bientôt 35 ans, Cyril Dessel est encore l’un de nos meilleurs coureurs français. Porteur du maillot jaune une journée et 6ème du Tour de France en 2006, vainqueur d’étape sur l’édition 2008 ; le coureur d’Ag2r La Mondiale possède un joli palmarès mais cette saison il n’a pas réussi à le compléter, tout comme en 2005 et 2007. Mais existe-t-il une malédiction chez Cyril Dessel qui lui empêche de s’imposer dans les années impaires ? Entretien avec Cyclism’Actu.

- Cyril, nous voilà presque arrivé à la fin de la saison, quel bilan personnel tirez-vous de cette année 2009 ?

Pour moi c’est une année difficile. J’ai enchainé les petits pépins et j’ai eu du mal à sortir la tête de l’eau. On attendait mieux de moi et c’est frustrant mais je ne suis pas abattu, j’en ai connu d’autre dans ma carrière. Ce n’est pas une année qui me laissera de grand souvenir.

- On a l’impression que l’histoire se répète : en 2006 ce fut une excellente saison tout comme 2008, mais en 2007 et cette année vous n’avez pas eu de résultat…

Oui, les années impaires ont tendance à ne pas trop me réussir durant ma carrière et celle-ci rentre bien dans ce schéma là. Je suis le premier déçu, j’aurai bien aimé renverser cette malédiction mais malheureusement je n’ai pas réussi. C’est difficile à expliquer. Personnellement, j’essaye de faire le maximum et de mettre toutes les chances de mon côté pour que ça fonctionne du mieux possible chaque année.
Cette année j’ai commencé ma saison en chutant sur le Tour de Californie où je me suis pincé le nerf sciatique, donc j’ai été arrêté quinze jours. Je n’ai pas pu participer à Paris-Nice et cela a gâché mon début de saison. Lors de ma reprise au mois d’avril, sur le Tour du Trentin, je ne marchais pas trop mal mais sur les 4 jours de Dunkerque cela s’est moins bien passé que l’an dernier. J’ai aussi bien marché sur le Tour de Catalogne avant de rechuter au Grand Prix de Plumelec. De ce fait, je suis un peu passé à côté de mon Dauphiné. C’est tout un tas d’accumulations qui m’ont empêché d’avoir le rendement escompté.

- Et sur le Tour de France, que s’est-il passé ?

Sur le Tour, ma condition physique était bonne. Le premier jour j’étais échappé, sur le chrono par équipes j’avais de bonnes sensations. Mais ensuite j’ai chuté à Barcelone, la veille de la première étape de montagne. Cela m’a déclenché un problème au talon d’Achille et j’avais les cervicales totalement boquées, je n’arrivais plus à tourner la tête. Ensuite Rinaldo Nocentini a pris le maillot jaune donc le peu de force qui me restaient je les ai mises à contribution de l’équipe pendant une semaine. Au soir de l’étape du Tourmalet, la douleur était trop présente, j’ai dut prendre des anti-inflammatoires pendant quelques jours mais il est arrivé un moment où je ne les supportais plus, j’avais des brûlures d’estomac. Lorsque je les ai arrêtés, la douleur était trop intense et j’ai été obligé d’abandonner. Quand vous avez une inflammation du talon, que tous les jours vous faites 180 kilomètres avec du braquet en tirant dessus, ça n’arrange pas les choses.

« C’EST À MOI DE LE PROUVER »

- Donc la saison 2010 sera une saison Cyril Dessel ?

Oui, j’espère qu’elle sera à l’image de 2006 et 2008. Moi j’y crois et je reste persuadé que Cyril Dessel ce n’est pas ce que l’on a vu cette année. Maintenant c’est à moi de le prouver, c’est à moi de rebondir comme j’ai su le faire par le passé.

- Maintenant, quel est le programme pour cette fin de saison ?

Je serai sur le Tour de Vendée, puis je ferai deux courses en Italie, le Tour d’Emilia et le Grand Prix de Beghelli et enfin le Tour du Piémont et le Tour de Lombardie.

- Et vous êtes vous fixé un objectif particulier ?

L’objectif, depuis ma reprise, est de retrouver un bon niveau. Quand on a eu une douleur, on a toujours peur qu’elle revienne mais depuis ma reprise, où j’ai fait le Tour de Poitou-Charentes, la Classic de l’Indre, une course en Italie et le Tour de Grande-Bretagne, je n’ai pas eu de douleur. C’est donc un point positif sur un plan psychologique. Donc je n’ai pas d’objectif particulier mais j’espère être au maximum sur les courses qui restent. Si je peux en gagner une ça serait formidable mais je sais que ça va être difficile car après mon abandon sur le Tour j’ai été trois semaines sans vélo, c’est pratiquement une trêve hivernale. Sur une course en Italie ça risque d’être difficile mais sur une manche de Coupe de France ça pourrait suffire pour jouer un rôle et pourquoi pas une victoire.

« JE SERAI TOUJOURS CHEZ AG2R »

- L’an prochain, vous roulerez toujours sous les coureurs d’Ag2r ?

Oui, bien sûr, je serai toujours chez Ag2r puisqu’il me reste une année de contrat.

- S’il on met de côté le maillot jaune sur le Tour, votre équipe n’a remporté que quatre succès cette saison. Cela joue-t-il sur l’ambiance du groupe ?

C’est sûr que cette année n’a pas été bonne sur un plan collectif. Je pense que le potentiel de l’équipe est supérieur au nombre de victoires actuelles. Mais nous n’avons pas de sprinter et c’est une lacune car on se rend compte que dans le cyclisme moderne 80% des courses arrivent au sprint. 80% c’est énorme et cela veut dire qu’il ne nous reste que 20% des courses que l’on peut gagner. Les courses de grimpeurs, les courses qui n’arrivent pas au sprint, ce ne sont pas les plus faciles à gagner. Il n’y a pas beaucoup de place pour les baroudeurs, pour les coureurs à tempérament offensif. Je pense que l’on mérite mieux que quatre victoires, je pense que l’on mérite au moins quinze victoires annuelles.
C’est frustrant pour les coureurs mais aussi pour le staff, les managers qui croient en ses coureurs. Nous de l’intérieur on essaye de ne pas trop y penser mais indéniablement il s’installe une spirale négative. C’est comme dans une équipe de foot, si vous enchainez les défaites, c’est difficile de relever la tête. Dans tous les sports de haut niveau c’est la même chose. Quand en mars-avril on a qu’une victoire en poche, ce n’est pas facile de renverser la vapeur même si l’on sait que notre équipe est plus faite pour les grimpeurs, les courses par étapes. Ça ferait du bien d’avoir un ou deux sprinters qui gagnent des courses en début d’année et qui relâchent ainsi un petit peu la pression pour tout le monde.

- Pour la saison prochaine, on peut voir que votre équipe essaye de se renforcer avec notamment les recrues de David Le Lay, Maxime Bouet…

Il y a des bons coureurs qui nous rejoignent, des coureurs qui gagnent. Je pense que ça va nous apporter un plus indéniablement, mais il y a aussi l’intégration qui est importante. Je pense que le fonctionnement de l’équipe Ag2r est assez proche de celui d’Agritubel et que pour Le Lay, Bouet et même Ravard c’est une bonne chose.

« CE N’EST PAS FACILE DE TROUVER LA RECETTE MIRACLE »

- Vos dirigeants, ont-ils commencé à vous parler de la saison prochaine ?

Non, on doit d’abord finir cette saison avant de parler de la saison prochaine. Mais il est évident qu’eux y pensent, qu’ils essayent de trouver les erreurs et d’améliorer la situation. On va peut-être changer les lieux de stage de préparation car ça fait plusieurs années que l’on va au mois de décembre faire un long stage dans le Lot-et-Garonne. Les conditions là bas sont difficiles pour s’entraîner, on ne peut faire que du plat donc je pense que ce n’est pas très bénéfique.
Tout le monde essaye de tirer dans le même sens pour améliorer la situation et les résultats. Ce n’est pas facile de trouver la recette miracle. Il y a un dialogue entre le staff et les coureurs pour essayer de trouver des solutions, pour tirer le maximum de chaque coureur de l’équipe. Mais la situation n’est pas facile.

- La prolongation de la licence Pro Tour est-elle un soulagement pour vous et votre équipe ?

Oui, c’est sûr que c’est un soulagement mais aussi une récompense. L’UCI (Union Cycliste International) ne délivre pas la licence Pro Tour en tenant compte que d’une saison. Ag2r c’est une équipe qui a déjà un vécu dans le peloton professionnel et il ne faut pas s’arrêter sur l’année 2009 qui n’est pas forcement la meilleure de l’équipe. Il y a du travail qui a été fait derrière au niveau du staff, on a quand même des coureurs de qualité. Il ne faut pas s’arrêter sur une année difficile pour obtenir une licence. Je pense que c’est ce qu’a fait l’UCI. L’équipe a vraiment la structure, elle a vraiment tout pour faire parti du Pro Tour, pour être une grande équipe de vélo.

- On vous sent accroché à cette équipe, non ?

Oui, disons que moi j’y suis depuis 2005, j’ai connu les temps fort de ma carrière avec Ag2r. C’est vrai que j’en suis le premier déçu de cette saison 2009. Moi j’essaye d’apporter le maximum chaque année mais malheureusement c’est parfois plus difficile. Je crois que c’est la loi du sport de haut niveau, il y a parfois des haut et des bas, il faut savoir les surmonter. Je dois quand même à cette équipe ma révélation au premier plan, donc forcément Ag2r signifie quelque chose pour moi.

« JE NE ME VOIS PAS ARRÊTER »

- Vous allez bientôt avoir 35 ans, la forme physique et l’envie sont-elles toujours là ?

C’est un petit peu lié aux résultats. Quand on sort d’une saison comme j’ai faite l’an passé, on n’a pas forcement envie de voir arriver sa fin de carrière. Mais quand on est en galère comme j’ai été cette année, où c’est difficile, il y a des chutes, des pépins de santé, là on commence à se dire qu’il va falloir arrêter un jour. Moi je suis un coureur qui fonctionne énormément au mental donc si l’an prochain je regagne une course ou deux ça ira beaucoup mieux. Quand ça va je suis capable de renverser des montagnes et de faire abstraction des difficultés mais quand ça s’enchaîne mal, que j’ai du mal à sortir la tête de l’eau, pour moi c’est difficile. Je ne pourrais pas faire deux années de suite comme celle-ci, surtout à 35 ans. Il faudra voir la saison prochaine. Quand on est sportif de haut niveau, il faut prendre du plaisir, il faut être acteur de notre sport. Si c’est pour être sans arrêt en difficulté, le plaisir n’y est plus, et s’il n’y a plus la notion de plaisir, je crois qu’il est temps de raccrocher.
En 2007, avec la saison que j’avais faite, je commençais à y penser un peu. En 2008, avec la victoire d’étape sur le Tour, celle sur le Dauphiné, ça m’est complètement sorti de la tête. Cette année, forcément je commence à me rappeler de mon âge, c’est déjà ma 10ème année professionnelle, j’ai déjà une belle carrière derrière moi. Aujourd’hui, je ne me vois pas arrêter à la fin de l’année prochaine mais je ne me vois pas non plus faire la même saison que cette année. Peut-être que le sport et la route nous en diront autrement.

- Actuellement, êtes-vous plus tourné vers la fin de saison ou vers la saison prochaine ?

Honnêtement, je suis plus tourné vers la saison prochaine. Mon retour à la compétition est plus dans l’idée de courir jusqu’à la fin pour retrouver un bon niveau, le rythme des courses, faire une petite trêve hivernale afin d’être prêt dès le début de saison prochaine. C’est pour cela que je n’ai pas d’objectif particulier sur les courses qui viennent, si ce n’est de faire le maximum. Pour moi, cette année a déjà été oubliée et mon objectif pour l’an prochain est de retrouver mon meilleur niveau, de peser sur le courses importantes et pourquoi pas dès Paris-Nice.

Palmarès de Cyril Dessel :

2000
Vainqueur du GP Ost Fenster

2002
3ème du Grand Prix d'Ouverture La Marseillaise

2004
2ème du championnat de France sur route

2006
4ème étape du Tour méditerranéen
Tour méditerranéen
1ère étape du Tour de l'Ain
Tour de l'Ain
6ème du Tour de France et porteur du maillot jaune pendant une étape

2008
5ème étape des Quatre jours de Dunkerque
2ème étape du Tour de Catalogne
4ème étape du Critérium du Dauphiné Libéré
16ème étape du Tour de France
6ème du Critérium du Dauphiné Libéré

2009
9ème de la 2ème étape du Tour de Catalogne
10ème de la 3ème étape du Tour du Trentin


Crédit Photo : Vélophotosglacroix

Propos recueillis le 22 septembre 2009 par Christophe Merono


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Les commentaires

Tr?s bonne ITW f?licitation Christophe

Phil le 25/09/2009 à 07h29

Merci Phil, mais c'est surtout Cyril qu'il faut f?liciter ;)

K971 le 25/09/2009 à 08h47

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