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Ardennaises : 3 courses, 3 légendes


posté par Michel Escatafal le 17/04/2011 à 19h35




Après Paris-Roubaix, s’est achevée la première partie de la saison des classiques printanières celles qui, après Milan-San Remo, s’adressent prioritairement aux hommes durs au mal, capables de passer les secteurs ou monts pavés les plus épouvantables. La deuxième partie est formée de ce que l’on appelle « les Ardennaises », en raison de leur localisation géographique dans des secteurs beaucoup plus accidentés, qui conviennent beaucoup mieux aux coureurs à étapes. Ces classiques ardennaises sont au nombre de trois aujourd’hui, en fait depuis 1966 et la création de l’Amstel Gold Race, qui se situe le dimanche précédent la Flèche Wallonne et Liège Bastogne Liège.


Le « Week-end Ardennais »


A une époque la Flèche Wallonne et Liège Bastogne Liège avaient lieu l’une après l’autre, la première le samedi et l’autre le dimanche, ce qui permit de faire un classement d’ensemble aux points, entre 1950 et 1964, appelé le « Week-end ardennais », très prisé par les coureurs et les suiveurs. Le premier vainqueur en fut le Belge Raymond Impanis puis, en 1951 et 1952, le Suisse Ferdi Kubler qui, grâce à ses deux succès consécutifs, confirma qu’il était un très grand champion après sa victoire dans le Tour 1950, ou son titre mondial conquis en 1951. Il est vrai qu’il ne pouvait que sortir vainqueur de ce « Week-end ardennais » en 1951 et 1952, dans la mesure où il avait remporté les deux épreuves. Stan Ockers et Fred De Bruyne feront aussi le doublé, respectivement en 1955 et 1958. Enfin, quatre coureurs ont remporté ce trophée, sans avoir gagné ni l’une ni l’autre des deux épreuves. Il s’agit d’Impanis en 1950, Jean Storms en 1953, Frans Schoubben en 1959, et Rolf Wolfshohl en 1962, ce dernier ayant terminé ex aequo avec Dewolf, mais lui avait gagné la Flèche Wallonne. 


Voilà pour la petite histoire du « Week-end ardennais », dont on ne parle plus aujourd’hui. A noter toutefois, qu’ils sont six dans l’histoire à avoir remporté les deux épreuves en suivant, à savoir outre Kubler, Ockers et De Bruyne, l’inévitable Eddy Merckx en 1972, puis Moreno Argentin l’Italien en 1991, et Alejandro Valverde en 2006. Mais quelqu’un a encore fait mieux qu’eux en remportant en plus l’Amstel Gold Race, Rebellin en 2004. Exploit il faut bien le dire extraordinaire, puisque Rebellin a gagné ces trois épreuves en une semaine. Cela dit il ne le rééditera pas cette année, ni l’an prochain, parce qu’il purge une suspension de deux ans pour avoir été contrôlé positif aux J.O. de Pékin.


L’Amstel, seule classique néerlandaise du calendrier 


L’Amstel Gold Race est la première épreuve de cette trilogie. Elle doit son nom à une marque de bière et fut créée en 1966, comblant un vide puisque les Pays-Bas, grand pays de cyclisme s’il en est, n’avait pas de grande classique à son calendrier. Elle a été remportée à deux reprises par un Français, d’abord par Jean Stablinski qui inaugura le palmarès, et par Bernard Hinault qui battit en 1981 Roger de Vlaeminck, comme il le fera quelques semaines plus tard sur le vélodrome de Roubaix. A noter que les coureurs des Pays-Bas sont prophètes en leur pays, puisqu’ils l’ont emporté à 17 reprises (Knettemann en 1974, Raas en 1977, 78, 79, 80, et 82 qui est le recordman des victoires, mais aussi Zoetemelk en 1987 etc.) contre 9 seulement aux Belges, dont Eddy Merckx en 1973 et 1975, mais aussi Maertens en 1976 ou encore Johan Museeuw en 1994, et 5 aux Italiens ( Zanini, Bartoli, Di Luca, Rebellin et Cunego).


La Flèche Wallone, « une immense scie aux dents profondes » 


L’histoire de la Flèche Wallonne est évidemment beaucoup plus ancienne puisque sa première édition eut lieu en 1936, créée par le journal Les Sports. Elle se fit très rapidement une place parmi les grandes classiques belges, et elle s’adresse à des coureurs nécessairement complets. C’est d’ailleurs à cause de ses difficultés et de son palmarès qu’elle a gardé son prestige, bien que sa distance soit réduite à 200 km depuis la fin des années 80. Elle a lieu à présent le mercredi, entre l’Amstel et Liège Bastogne Liège. Comme dans les deux autres classiques ardennaises, on retrouve parmi les vainqueurs des coureurs de grands tours, ce qui explique la qualité de son palmarès. Van Steenbergen, Coppi qui l’emporta après un raid de 100 km en 1950, Merckx, Van Looy, Zoetemelk, Moser, Saronni, Argentin, et Armstrong l’ont gagnée. Elle plaît bien également aux Français puisque Poulidor en 1963, Laurent en 1978, Hinault en 1979 et 1983, Fignon en 1986, J.C. Leclercq en 1987, Laurent Jalabert en 1995 et 1997 en ont été vainqueurs.


Ses nombreuses cotes, moins dures dans l’ensemble que celles de Liège Bastogne Liège, font qu’autrefois on comparait volontiers « la Flèche » à une immense scie. En outre, il y a une grosse difficulté qui généralement fait la sélection depuis que le parcours a été remodelé en 1983, à savoir le Mur de Huy (1,2 km avec un passage à 22%), escaladé trois fois, et où se trouve la ligne d’arrivée. Cette année le parcours a été modifié avec la deuxième ascension qui se situera à une trentaine de Km de l’arrivée. Et pour corser encore un peu plus la course, on a rajouté une difficulté supplémentaire avec la côte d’Ereffe à 11 km de l’arrivée. On comprend pourquoi Contador s’est inscrit cette année, pour apprendre dit-il, mais vu ses qualités d’escaladeur cette épreuve devrait parfaitement lui convenir…si une échappée ne se développe pas avant les dernières difficultés. En tout cas c’est une arrivée qui convient à des grimpeurs, mais aussi à des puncheurs comme Rebellin (3 fois vainqueur entre 2004 et 2009), la dernière fois devant Andy Schleck, dont on rappellera qu’il est le seul à pouvoir apporter la contradiction à Contador en montagne. 


« La Doyenne » est aussi sans doute la plus belle 


Andy Schleck justement, qui remporta Liège Bastogne Liège il y a deux ans, après une échappée solitaire de plus de 20 km, laissant ses poursuivants Rodriguez, Rebellin, Gilbert etc. à plus d’une minute. Ce jour-là tout le monde a compris qu’Andy était déjà « un grand », ce qu’il démontra dans le Tour de France quelques mois plus tard. Liège Bastogne Liège est un « véritable monument du cyclisme », une épreuve que tout coureur d’aujourd’hui rêve d’avoir à son palmarès. D’abord c’est l’épreuve la plus ancienne du royaume belge, créée en 1892 à l’initiative du Liège Cyclist Union, club du premier vainqueur Léon Houa (il remportera les trois premières éditions). Elle figure au calendrier des professionnels depuis 1894, avec certaines éditions au début du vingtième siècle réservées aux amateurs ou aux indépendants. 


Son parcours est le plus difficile de toutes les classiques, avec 261 km de course agrémentés de nombreuses côtes au nom célèbre, Wanne, Stockeu, les Forges. Le recordman de l’épreuve (gagnée 57 fois par un Belge) est bien évidemment Eddy Merckx, avec cinq succès en 1969, 1971 où il fut vainqueur malgré une terrible défaillance qui lui fit perdre 5 mn sur Pintens en moins de 40 km, 1972 devant Poulidor, 1973 et 1974. L’Italien Moreno Argentin l’emportera quatre fois entre 1985 et 1991, dont une avec beaucoup de chance en 1987, Roche et Criquielion jouant tellement au chat et à la souris dans les derniers hectomètres qu’ils se firent rejoindre et battre au sprint. Quant à Fred De Bruyne, il signera un triplé entre 1956 et 1958. 


En revanche Van Looy (1961) et De Vlaeminck (1970) ne l’ont gagné qu’une fois, et quelques très grands coureurs ne l’ont jamais remporté, comme les campionissimi Coppi et Bartali, mais ce n’était pas un objectif pour eux, Louison Bobet, mais aussi Felice Gimondi, ou encore Francesco Moser, Greg Lemond, Laurent Fignon, Miguel Indurain et Lance Armstrong. Côté français, Jacques Anquetil et Bernard Hinault l’ont emporté. Anquetil en 1966, avec près de 5 mn d’avance sur Van Schil, et davantage encore sur un groupe où figuraient Gimondi et le tout jeune Eddy Merckx, à l’issue d’une grande envolée (46 km en solitaire) dont il avait le secret quand il était décidé à se surpasser, peut-être aussi pour montrer à Gimondi, qui venait de faire le doublé Paris-Roubaix et Paris-Bruxelles, qu’il était toujours « le patron ». Quant à Hinault il a signé à cette occasion un des plus beaux exploits du cyclisme d’après-guerre en 1980.


Une victoire dans une course d’un autre âge


En ce 20 avril 1980 il neige dans les Ardennes comme en plein hiver, avec au moins dix centimètres sur les chaussées que vont emprunter les coureurs. Il faisait tellement froid, qu’après 70 kilomètres de course il ne restait qu’une soixantaine de rescapés sur les 170 coureurs au départ. Combien seront-ils à l’arrivée se demandaient les suiveurs, d’autant qu’on n’annonçait pas de réelle amélioration d’ici l’arrivée. Bien peu, puisqu’ils n’étaient plus qu’une trentaine à se présenter au pied de ce que l’on appelle « le monstre de Stockeu ». Parmi eux « le Blaireau », qui aurait sans doute abandonné s’il n’avait pas eu à ses côtés son fidèle équipier Maurice Le Guilloux, à qui il avait dit : « S’il neige encore au ravito, j’arrête ». Et comme il ne neigeait plus Hinault continua la course. Bien lui en prit, car ce qui restait du peloton était déjà à l’agonie, et dans ce cas parmi ceux qui vont à l’arrivée c’est le plus fort qui gagne. Et Hinault à cette époque était incontestablement le maître du cyclisme, comme peut-être aucun autre coureur ne l’avait été à part Eddy Merckx.


Le premier à aborder la côte de Stockeu fut Rudy Pevenage, échappé avec plus de 2 mn d’avance sur un groupe où l’on trouvait le Néerlandais Lubberding, mais aussi l’Allemand Thurau (vainqueur en 1979), l’Italien Contini (qui l’emportera en 1982), et Bernard Hinault coiffé d’un bonnet de laine rouge. Un peu plus loin Hennie Kuiper, champion du monde en 1975, chute et passe à pied le raidard, ce qui ne l’empêchera pas de terminer à la deuxième place derrière Hinault qui avait décroché, sans s’en rendre compte, ses compagnons de route dans la côte de la Haute-Levée à 80 km de l’arrivée. Kuiper terminera second à plus de 9 mn du « Blaireau », alors que le Norvégien Willman sera le dernier classé…à la 21 è place et à 27 mn. Une course d’un autre monde, presque d’un autre temps, comme à l’époque de Trousselier, vainqueur en 1908.

Bien d’autres exploits ont eu pour théâtre cette magnifique classique. Nous n’en avons cité que quelques uns parmi les plus caractéristiques. Va-ton cette année avoir droit à un numéro comme celui que nous avons eu dans le Tour des Flandres et Paris-Roubaix ? En tout cas, ce ne sera pas le fait de Cancellara, lequel prendra un repos bien mérité après une campagne de printemps très réussie. Cela étant, si l’on en croit Sean Kelly, vainqueur en 1984 et 1989, Cancellara peut gagner un jour Liège Bastogne Liège, à condition qu’il en fasse un véritable objectif, ce qui le mettrait à égalité avec les meilleurs coureurs de classiques de l’histoire. Après tout, au palmarès de « la Doyenne », il y a des coureurs qui étaient loin de valoir le remarquable rouleur suisse, par exemple Schoubben et Derijcke (premiers ex aequo en 1957), Melckenbeek (1963), Preziosi (1965), Bruyère (1976 et 1978), Fuchs (1981), ou encore Van der Poel (1988), et Gianetti en 1995. Un denier mot enfin, Liège Bastogne Liège fut la plus grande victoire de Franck Vandenbroucke (en 1999), ce surdoué belge qui avait tout pour devenir un très grand et qui, comme d’autres avant lui, n’a pas réalisé la carrière qui lui était promise. 


Photo : flickr



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Les commentaires

Petite rectification. Andy, c'était il y a deux ans, l'an passé, c'était Vino-Kolobnev-Gilbert.

Sinon vraiment dommage qu'il n'y ait ni la Redoute ni la Haute Levée. La course devrait être moins "dure" et en plus c'est sans doute les deux côtes les plus mythiques du parcours.

Nico le 17/04/2011 à 20h46

Merci Nico ;)

Alexandre Rolin le 17/04/2011 à 20h51

Je ne comprends pas la remarque sur l'absence de la côte de la Redoute. Si on regarde le parcours 2011 sur le site officiel de l'épreuve, elle est bien inscrite !

grinch le 17/04/2011 à 21h17

Dommage qu'on n'ait plus un coureur comme Hinault capable d'assommer toutes les épreuves.

Alex 95 le 17/04/2011 à 21h53

En effet, je l'avais lu dans l'article mais ils figurent bien au programme. Ouf !

Nico le 17/04/2011 à 23h07

1980 !
c'est en apercevant ce genre de course à la télé qu'on devient fan de cyclisme. c'est toujours un peu idiot de le dire, mais parfois, "c'était mieux avant" !!

izoard le 17/04/2011 à 23h34

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